Lorsqu'on
a peur on meurt deux fois
Allo bobo Justice
De quoi avez-vous besoin?
Nous vous dirons comment vous en passer!
J'avais mis le doigt là où le bât blesse .
Pendant toute cette
période – dix ans – je
n'ai
pas mâchouillé du chewing-gum comme je
n'en mâchouillerai pas non plus.
J'utiliserai les mots de cet opus à fond, sans
faire de dentelle.
Je n'épargnerai personne.
Je ne me suis rien épargné.
Comment un homme a priori normal en arrive-t-ilà danser
avec la mort?
C'est la question à laquelle, moi qui ai cette foi
incroyable en la vie, je tente de répondre en écrivant
cette histoire vraie.
Lorsque l'Autorité agit en marge des pouvoirs qui lui
ont été conférés, dans un autre but,
ce comportement
mène à la débâcle et cette débâcle
conduit directement
au harcèlement.
Le harceleur séduit son entourage pour se faire des
alliés et profite de la difficulté de celui-ci à prouver
sa
malveillance et ses intentions pour dissimuler ses
agissements.
C'est un processus d'agressions morales à répétition
qui
s'étale dans la durée et qui finit par atteindre l'individu
dans son intégrité.
Ce comportement se transforme alors en attentat car
l'excès de stress devient destructeur.
Les conséquences sont dramatiques.
Ma foi prodigieuse en la vie s'explique peut-être, pour
l'essentiel, par le fait de ne jamais prendre goût aux
défaites.
Même si le cours des événements fait marcher
en sens
inverse de la logique, il est nécessaire de toujours garder
un coin de bon-sens.
Il m'était facile de me rendre compte du chaos dans
lequel ils m'avaient plongé.
Mais ma bouée de sauvetage était le verbe«
comprendre ».
C'est pour les besoins de cette cause que j'ai pu aller
aussi loin, jusqu'à outrepasser ma propre vie.
Dans ce magma obscur qu'était devenue mon
existence, il y avait trois compartiments bien distincts :
ma famille, mon activité professionnelle, mes emmerdes,
cette déchirure.
A aucun moment l'un de ces compartiments n'a
chevauché l'autre, même au coeur de cet enfer provoqué par
l'horreur des comportements humains ou encore par
mes difficultés à supporter la douleur.
A aucun moment je n'ai demandé à quiconque, pas
même à mes proches, de m'aider à supporter
ce que
j'endurais.
J'ai toujours su garder le sourire dans la voix pour ne pas
gêner, cela est naturel pour moi.
Mais je ne cache pas qu'à certaines périodes beaucoup
d'efforts ont été nécessaires pour domestiquer
ma
douleur.
Qu'y-a-t-il de plus raffiné et de plus précieux que
la
vie, cette étoffe à l'envergure inestimable?
Pourtant j'ai failli leur donner la mienne, à ceux qui
m'ont plongé dans cet univers d'une noirceur absolue !
La peur, cette énorme appréhension psychologique,
cette émotion paralysante, je l'ai connue lorsque j'ai
décidé d'offrir cette curée à ce
monde de ripoux.
Je l'ai décrite dans le chapitre IX du "Sang de l'artisan",
je n'y reviendrai pas.
Les trois ouvrages que j'ai écrits représentent le
démantèlement de ma vie.
Rouge et blanc - ou blanc et rouge – en sont les deux
couleurs symboliques.
Elles interpellent contre le silence, contre l'oubli.
Je ne m'effacerai pas.
La Justice ne doit pas être l'instrument de fantasmes mais
doit me donner le droit de COMPRENDRE afin de
suivre les jalons indispensables à toute existence pour
que celle-ci ne soit pas dévastée.
Mesure de la Démesure !
Il ne faut jamais provoquer la mort, elle pourrait bien
se venger.
Si cela arrive c'est que l'on est au bout, à la dernière
extrémité de la vie.
Pour moi j'ai essayé tout ce qui était en mon pouvoir,
rationnellement et juridiquement, pour éviter d'en arriver
là.
Mais la révolte qui bouillonnait en moi a mûri et
m'a
conduit vers ce geste sacrilège.
J'aurais pu frapper, faire du mal ; j'en ai parfois eu envie
mais j'ai réfréné cette pulsion car elle
ne me
correspondait pas.
Je n'avais aucun soutien.
Seule ma vie pouvait me servir d'otage contre toutes ces
ignominies.
C'est ainsi que je suis entré dans l'autre dimension,
l'incommensurable.
LE SANG DE L’ARTISAN
Après mes visites, l'une chez le psy, l'autre chez le
chirurgien, ce mécano du corps humain, les conseils de
ce dernier, vue ma détermination, me furent d'un grand
secours.
En effet, ce geste réparateur, je voulais être seul
pour
l'accomplir, son temps était précieux pour soigner
les
autres, je ne voulais pas de lui à mon chevet.
Ces scènes que j'essaie d'enfouir, je vais les réévoquer
brièvement, malgré que cela soit toujours très
pénible
pour moi et malgré la thérapie personnelle que
je me suis
imposée ( voir le chapitre X, p 145).
Après le choc, la révolte .Une vraie déroute.
Pas celle que l'on voit dans les salles, non, mais celle de
celui qui ne fait pas de cinéma.
Ce geste fou, complètement fou, m'a empêché de
devenir
fou moi-même.
Son but était d'expurger ma souffrance.
Je l'ai affronté seul, avec tous les risques que cela
comportait, sans rien ni personne pour me protéger.
Pour mener à bien cette curée, j'ai versé une
grande
quantité de sang, ce combustible de vie qui m'était
si
cher!
La faiblesse qui s'ensuivit provoqua un sommeil sournois qui tenta
de me faire prisonnier ...
Un moment il n'y eut plus de douleur, plus d'angoisse.
Seul un appel vers le calme ... le néant.
J'étais invité à entendre le Silence, c'était
juste la porteà côté.
Mais, inconsciemment, l'amour de la Vie a resurgi et
m'a sauvé ...
Vivre était pourtant le plus difficile!
MOI ou EUX.
MOI.
Il fallait, malgré cette grande faiblesse, arrêter
le sang de
couler.
Il fallait me rappeler les gestes de survie décrits par
le
chirurgien et les appliquer.
Ensuite, si tout se passait bien, il me faudrait cuisiner
cette essence de vie afin de la transformer en "curée" et
l'offrir à l'univers des déjantés, ceux
dont la fonction
m'avait conduit au pilori.
Cela n'a pas été facile. Ce n'était pas
du bluff.
A la sortie de ce tunnel j'ai su que mon existence serait
fragilisée le restant de mes jours.
Eux.
Si j'étais allé rejoindre le monde du silence, solution
de
facilité, moi l'accro de la vie, celui qui apprécie
plus que
tout le contact de ses semblables, ceux qui le lui rendent
bien, celui qui ne s'est presque jamais plaint une seule
fois de sa vie, celui qui puise son énergie dans la
positivité : boulot, rando, moto, yoga, danse, asso, mais
surtout famille et enfants, sans pour cela être surbooké ...
j'aurais été le grand gagnant. Plus aucune souffrance.
Si l'irrémédiable s'était produit, malgré moi,
c'était la
perpétuité sans remise de peine pour tous ceux que
j'ai
longuement décrits dans ce livre.
La punition que la conscience aurait mise en place se
serait appelée insomnie, ils auraient été privés
de
sommeil le restant de leur vie.
Dès lors que toutes ces péripéties sont dévoilées
au
public, la situation empire avec le temps pour devenir
catastrophique, insupportable.
La conscience est incontestablement une belle
mécanique, elle entretient la mémoire.
La conscience est une ardoise magique.
Tout ce que nous oublions,
ou tentons d'effacer,
y est inscrit à vie.